Journée mondiale des sourds

Journée mondiale des sourds

La Journée mondiale des sourds a lieu le dernier samedi du mois de septembre. En France, 7 millions de personnes vivent avec une déficience auditive (malentendance ou surdité profonde)

Aujourd'hui, Marie, souhaiterait  sensibiliser le grand public aux difficultés du malentendant au travail. Elle a écrit un texte intitulé "Le comble du malentendant au travail".

Le comble du malentendant au travail
: tout le monde croit qu’il entend

Ah quel arrogant, celui-là...
Les collègues lui parlent et il ne daigne même pas tourner la tête !

Je lui parle fort, je crie même... et lui, il fait comme s’il n’entendait pas.
C’est dingue, tout de même !
Et le culot qu’il a : il ose encore me demander de répéter !
— Hein ?
— Je disais...
— Pardon ?
— Laisse tomber !

Tu as vu comment il me regarde ?
Il me boufferait les lèvres s’il pouvait, au lieu de me regarder dans les yeux
Je n’en reviens pas, je ne suis vraiment pas à l’aise... Un pervers, sans doute.

Il me fixe tellement ; parfois j’en ai même peur.
Et pourtant c’est lui qui sursaute ...tellement il se laisse surprendre !

Et puis il y a les réunions...
On parle, on parle, et lui, il nous regarde à tour de rôle.
Un coup à droite, un coup à gauche... comme s’il suivait un match de tennis.

Dans les repas de groupe, c’est encore pire.
Il nous regarde tous les uns après les autres.
Même quand tout le monde éclate de rire, il nous regarde.
Franchement, il manque vraiment d’humour, celui-là !

Et parfois, je lui pose une question et il me répond très sérieusement...
Mais complètement à côté de la plaque !
Il est idiot ou quoi ? Il ne comprend rien à rien !

Le pire, c’est quand il répond à une question que je n’ai même pas posée.
Là, je me dis : « Bon... celui-là, il plane à max. »

Moi, je parle pas fort et peut-être un peu vite.
Parfois, je ne prends même pas le temps de lever la tête.
Lui, il voudrait que je fasse attention à lui.
Oh, il le demande toujours poliment.
Et en s’excusant, en plus.
Il veut quoi ? Qu’on ralentisse ? Qu’on articule ? Qu’on se tourne vers lui quand on lui parle ?
Non mais franchement...
Juste parce qu’il veut tout entendre.

Mais voilà le comble du malentendant :
Il ne sait jamais ce qu’il n’a pas entendu.

Il ne sait pas quels mots lui ont échappé.
Il ne sait pas lesquels il a confondus.
Il ne sait pas ceux que son cerveau a gentiment remplacés par d’autres.

Alors parfois, il répond à côté.
Parfois, il sourit au mauvais moment.
Parfois, il demande de répéter pour la troisième fois.
Et parfois... il fait semblant d’avoir compris.
Pas parce qu’il est arrogant.
Pas parce qu’il est exigeant.
Pas parce qu’il juge.
Pas parce qu’il est distant.
Pas parce qu’il est idiot.
Simplement parce qu’il est malentendant.
Mais ça, évidemment...
Les autres ne l’entendent pas.

Le comble du malentendant au travail (suite) : ce que les autres ne voient pas

Et derrière tout cela...
Il y a quelqu’un qui finit par se sentir seul.
Et pourtant,
À chaque nouvelle rencontre, il explique son problème.
À chaque maladresse, il pense bien à s’excuser
À chaque activité en groupe, il reste là, même s’il sait qu’il n’en profitera pas pleinement.
Encore.
Et encore.
Il ne comprend pas toujours pourquoi il a tant de mal à trouver sa place.
Alors il s’isole.
Il hésite à participer.
Il renonce parfois à demander de répéter, parce qu’il sait que cela agace.
Il fait semblant d’avoir compris pour ne pas déranger.
Et il rentre chez lui avec cette drôle d’impression d’avoir encore une fois raté quelque chose.
Pas son travail.
Sa place parmi les autres.
Dans son équipe.
Dans son entreprise.
Une entreprise qui l’a choisi comme il est.

Pourtant, derrière chacun de nous, il y a souvent un grand-parent, un parent, un proche qui entend
moins bien.
Quelqu’un à qui nous répétons.
Quelqu’un à qui nous parlons plus lentement.
Quelqu’un dont nous savons qu’il n’a pas toujours entendu.
Alors pourquoi, au travail, est-ce parfois si difficile de faire la même chose ?
Pourquoi ses maladresses sont-elles parfois prises pour de l’arrogance, de la froideur, du désintérêt ou
même de la bêtise ?

Il n’a pas choisi de mal entendre.
Il n’a pas choisi de faire répéter.
Il n’a pas choisi de regarder les lèvres.
Il n’a pas choisi de répondre à côté.
Il a simplement un handicap.
Un handicap invisible.

Et derrière ce handicap, il y a une personne.
Une personne qui travaille, qui réfléchit, qui participe, qui apporte ses compétences, ses idées, son
expérience.
Une personne qui a envie d’être reconnue pour ce qu’elle est et pour ce qu’elle fait.
Une personne qui ne demande pas de traitement de faveur.
Juste un peu de compréhension.
Juste qu’on l’aide à moins se fatiguer à essayer de tout entendre.
Juste qu’on se tourne vers elle quand on lui parle.
Juste qu’on accepte parfois de répéter.

Au fond, notre malentendant n’est-il pas simplement une personne différente, qui ne demande
qu’à être comprise ?
Et si nous faisions simplement un peu plus attention ?


Ecrit par Marie (72) le 14 septembre 2026